Jean Chevalier

 

 

 

Sa mère: « Il lui fallait toujours du papier pour peindre et des peintures en tube. C’est que dans les années cinquante, ce n’était pas si facile. Sinon, il dessinait partout, sur les pages blanches de ses livres, même à l’intérieur des portes de son armoire. »

Pierre Bouvet l’ancien : « Son père me l’a amené au cours supérieur de l’école de la Perrine à Laval. Il m’a dit : le gamin trouve que le cours moyen, c’est nul et qu’il n’apprend rien. Treize ans à tout casser, il était tout petit, au milieu de mes grands potaches, ça valait le coup d’œil. Il a bossé comme les autres »

Roger Cailleté : « Je voulais apprendre la spontanéité et la vitesse du geste à ma classe de troisième, les autres n’avaient pas commencé qu’il avait déjà fini ! »

 

Et maintenant ? Trente-cinq ans de peinture « sérieuse » derrière moi, avec toujours les doutes, les remises en cause. Jouer avec la limite, le danger artistique. Un moment, j’ai failli céder au confort : tartiner de jolis paysages, développer un savoir faire lucratif. Ça m’ennuyait. C’est définitif : je cultive au fond de mon cœur le gamin solitaire qui courait après ses rêves.

Mon travail actuel. Depuis quelques années, je regarde un peu dans le rétroviseur (l'âge!). C'était la série des autoportraits (petit, garçon, vieux). Début de l'introspection peu confortable. Et maintenant, c'est encore moins confortable. J'ai appelé ça : la grossitude.

Ce néologisme vaut bien la bravitude, non ? et en plus, il me plait, alors !

Grossitude, attitude brave (tiens!) qui consiste à ne pas avoir honte de son corps tant gros qui tangue au rythme du tango.

Allons plus loin : picturalement, on peut célébrer les gros corps. L'histoire de l'art le montre. L'art actuel également, de façon plus âpre, et plus puissante aussi.

Je suis engagé dans cette voie depuis trois ans. La limite, la mise en danger artistique. C'est dur, mais ça me plait.

 

 Jean Chevalier, un fondateur de l’association AAA53, (Association pour la promotion de l’Art d’Aujourd’hui en Mayenne) nous a quitté en 2016, mais reste dans les mémoires par son travail accompli dans la vie culturelle de Laval, du département et aussi en Allemagne, en Pologne et en Espagne.